Logements sociaux : Vouloir + et dépenser – Est-ce possible ?
Par Pascal Chazal le lundi 24 août 2009, 14:21 - Lien permanent
Les temps de crise sont souvent révélateurs des dysfonctionnements et déséquilibres de notre société et de l’extrême nécessité de trouver de nouvelles solutions pour y remédier.
La construction de logements sociaux en est un parfait exemple : si la demande de ce type d’habitats est en forte croissance, la capacité des constructeurs à y répondre se heurte à un certains nombres de contraintes.
Des exigences accrues
Le logement social n’est plus le parent pauvre de la construction. Au contraire, le niveau d’exigence des bailleurs sociaux est très élevé, car plus que jamais lié à leur sens des responsabilités.
Exigences environnementales, tout d’abord. Le Grenelle de l’Environnement a permis de sensibiliser tous les acteurs à la nécessité de limiter les nuisances de la construction et à repenser les schémas classiques de performances énergétiques.
Exigences en termes de confort et d’esthétique architecturale. En effet, le logement social prend place dans des stratégies urbanistiques élaborées et s’impose de répondre aux attentes de la population en matière de bien-être, de qualité de vie.
Exigences financières, enfin, puisque la crise économique nous impose de revoir à la baisse les coûts de la construction.
Et c’est là que le bât blesse.
Un schéma dépassé ?
Vouloir plus, mieux et pour moins cher… ne sommes-nous pas face à une équation impossible à résoudre ?
Si nous nous référons aux schémas classiques de construction, nous sommes, de toute évidence, immédiatement confrontés à une contradiction de taille. En effet, la culture métier conduit à considérer toute construction comme étant unique et à engager à chaque fois un nouvel effort de conception, de réalisation et de mise en œuvre. Au centre de cette logique de l’éternelle création, le chantier est défini comme un espace-temps contraignant pour chaque acteur. Tous les corps de métier doivent s’y succéder et accomplir leur tâche le mieux possible, en fonction des conditions d’intervention. La qualité devient alors tributaire de l’organisation et de l’implication des acteurs, donc sujette aux aléas.
Dans cette optique, faire mieux et plus revient à faire plus cher.
Comme disait l’autre, si la réponse ne te donne pas satisfaction, change les termes de ta question.
Ce qui revient à dire que si les schémas traditionnels de construction ne permettent pas de résoudre l’équation, il est nécessaire de le redéfinir ou, mieux, d’en réinventer un autre.
L’autre voie
C’est la stratégie d’Ossabois : porter un regard neuf sur notre métier pour apporter de nouvelles réponses.
Ce faisant, nous nous sommes tout d’abord attaqués au cœur du système, c'est-à-dire à la réalisation de la construction sur le chantier qui concentre la presque totalité des problèmes : organisation compliquée des acteurs, nuisances sonores et visuelles, impact sur l’environnement, difficultés à respecter les délais et à maîtriser les coûts, etc.
Nous avons alors décidé d’industrialiser le système de production et de réduire le chantier à sa plus simple expression : le gros œuvre, l’assemblage de structures fabriquées en usine.
L’ensemble de la structure est donc réalisé en atelier et livré sur le chantier. Les opérations sur le chantier se rapprochant plus d’un assemblage d’éléments préfabriqués que d’opérations classiques de bâtiment et ne nécessitent que quelques jours et sont réalisées par des monteurs formés à cette nouvelle tâche.
Afin d’aller plus loin encore nous nous sommes ensuite attaqué à une autre source de dysfonctionnement, dispendieuse en temps et en argent : le second œuvre. Ici aussi, notre volonté est de réaliser le maximum d’opération en atelier afin d’apporter sur le chantier des équipements prêts à être posés et raccordée. Nous avons ainsi créé Aqualogis, nouveau concept de cellules techniques, incluant salles de bains, WC, locaux techniques, entièrement réalisés en ateliers qu’il suffit de poser au bon emplacement à l’aide d’une grue.
En faisant valoir des performances environnementales remarquables, une esthétique architecturale et un confort exemplaire tout en réduisant les coûts et les délais, OSSABOIS a pu réaliser plus de 800 logements sociaux depuis 2004.
Mais nous souhaitons aller plus loin encore pour répondre aux défis lancés par la crise.
Aller plus loin
Pourquoi ne pas imaginer par exemple de créer des bibliothèque de composants qui permettraient aux acteurs, architectes, promoteurs, maîtres d’ouvrages, d’envisager la construction sur un mode plus rationnel donc plus efficace en termes de performances énergétiques, de coûts et de délais ?
Chaque élément de cette bibliothèque présenterait ses caractéristiques et son prix. Il suffirait de faire preuve de créativité dans la combinaison des solutions et dans leur habillage esthétique !
N’est-ce pas déjà ce qu’a accomplit l’industrie de l’automobile ? Des marques différentes partagent une même plateforme, un même moteur ou un ensemble de composants et parviennent ainsi à offrir une diversité de choix à des prix maîtrisés.
Pourquoi ne pas envisager la construction de logements sociaux selon une telle logique afin de garantir au plus grand nombre l’accès à des logements beaux, confortables et respectueux de l’environnement ? Pour ne pas rompre avec les pratiques corporatistes ? Pour ne pas porter atteinte à l’égo de ceux qui voient dans chaque réalisation une occasion de prouver leur créativité ?
Les défis qui nous attendent réclament de notre part d’être créatifs en amont de la chaine de réalisation, lors de la conception, de la sélection des matériaux, des études thermiques et acoustiques, de la réalisation des structures en atelier, de la définition de modules prêts à être installés et raccordés.
La créativité n’est plus aujourd’hui dans l’art, c'est-à-dire, par définition, dans la création d’objets uniques, rares et… chers.
Elle est dans la manière.
La manière d’entreprendre un projet, de le considérer dans sa complexité et d’être créatifs dans la définition de solutions pragmatiques.